Des problèmes pour la bête de la route
Cette célébrité croissante connu un tournant majeur quand Nine Inch Nails fut à l'affiche de l'édition 1991 du
Lollapalooza tour, le festival itinérant conçu par Perry Farrell (leader de Jane's Addiction). Vitrine d'une pléthore
de styles musicaux, le tour comportait aussi des forums sur des questions d'actualité qui intéressaient les jeunes. Cette
année-là, les forums concernaient Freenpeace, les libertés civiques et les non-pacifistes pendant que les scènes
principales voyaient défiler les meilleurs groupes alternatifs du moment, comme Nine Inch Nails, ICE T, Living Color
et Jane's Addiction (pour n'en citer que quelques-uns).
Avec des "concurrents" si adulés et prestigieux, les chances de succès de Nine Inch Nails n'étaient pas énormes. Cependant,
soir après soir, la performance de Reznor a captivé les spectateurs. Une indication de sa popularité vient des magasins :
les t-shirts de Nine Inch Nails représentaient les meilleurs ventes.
Lollapalooza a, au cours des années, fourni une rampe de lancement pour de nombreux groupes majeurs (Nirvana, Pearl Jam,
Nine Inch Nails...), mais il a aussi aidé à susciter l'intérêt du public pour la scène "industrielle". Des groupes
comme Ministry, Front 242, Skinny Puppy et les Revolting Cocks ont profité de ce sursaut d'intérêt. Même si beaucoup
de groupes ne se sentent pas à l'aise avec l'étiquette "musique industrielle", on peut définir leurs sons par des
guitares aggressives, de rythmes de basse lourde, des cris, des chants trafiqués et des boîtes à rythme tonitruantes.
Les groupes industriels et leurs fans portent des vêtements noirs, sont couverts de tatouages et de piercings et bougent
violement lors des concerts. Un ensemble de communautés se formaient autour de ces groupes, et en plein centre de tout
cela se trouvait Trent Reznor.
En surface, la popularité de Reznor augmentait très vite, et Nine Inch Nails fut vite considéré comme un des plus grands
groupes des Etats-unis, si ce n'est du monde. Derrière les coulisses, cependant, tout n'allait pas si bien dans le camp
de Nine Inch Nails...
Il se passera deux ans avant la sortie du second album de Trent Reznor/Nine Inch Nails, une absence longue et inquiétante
pour des gens qui essayaient toujours de se dépasser. Malheureusement, cette absence pesa lourdement sur Trent, l'
empêchant de progresser et travailler. Les premiers problèmes ont surgi lors de frictions entre Reznor et sa maison de
disques, TVT Records. Déterminé sur sa vision de ce que devait être Nine Inch Nails, Reznor a commencé à se demander comment
ses idées artistiques pouvaient s'exprimer sur ce label. Pour donner un exemple précis, TVT a rejeté l'idée d'un travail
entre Reznor et Al Jourgensen sur un projet parallèle. La scission devint impossible à refermer quand Trent s'aperçu que le
seul moyen de se sortir du contrat était le procés, et qu'il risquait de perdre beaucoup d'argent. Bien que les ventes de
Pretty Hate Machine fussent bonnes, ce n'était pas une excellente option.
Se sentant étouffé, Reznor a pensé un moment à diffuser gratuitement sa musique, mais il préféra essayer de casser son
contrat avec TVT. La bataille juridique qui s'ensuivit fut longue et difficile, et finalement Reznor ne fut pas
autorisé à briser l'accord signé.
Mentalement, ce fut une période très difficile pour le chanteur. Des rumeurs prétendaient qu'il était proche de la dépression
nerveuse, et des gens du métier prétendaient qu'il devenait de plus en plus retiré et circonspect vis-à-vis du monde
extérieur. La rupture d'avec sa petite amie de longue date a exacerbé la fatigue morale de Reznor, et les tournées
incessantes (nécessaires pour financer la bataille juridique) l'avaient épuisé physiquement.
Reznor devait trouver une issue pour sa musique, et ce fut la sortie du mini-album Broken. Enregistré dans le secret
presque total, ce projet sortit à l'automne 1992, et fut accueilli par des acclamations. Les 6 morceaux étaient beaucoup
plus durs que ceux du premier album : c'était le reflet des périodes difficiles que Trent venait de traverser.
Morne, desespéré, dégoûté et dégoûtant, l'album était peut-être un des plus inaccessibles à entrer dans le "top ten"
du billboard - une preuve de la popularité de Trent. Un projet musical jumeau, Fixed, sortit après broken. C'était un
ensemble de morceaux remixés de Broken. Ce travail, différent des précédents, fut applaudi par la critique malgré son
étrangeté.
Pour sceller l'aspect extrême de ce projet, Trent a enregistré un clip pour "Happiness In Slavery" qui est sans aucun
doute l'un des clips les plus choquants visuellement jamais filmés. En montrant l'artiste sado-masochiste Bob Flanagan
se faitre torturer et mutiler, ce clip frappe de plein fouet la morale américaine. Bien évidemment, il fut interdit sur
l'antenne de MTV. Au Royaume Uni, la censure a demandé la saisie du clip auprès de la maison de disques, et exigeait qu'
aucune copie ne soit faite. Ce qui est amusant, c'est qu'en même temps Broken a gagné un "grammy award" en tant que
"best metal performance" !
Derrière les coulisses, la carrière de Trent était toujours sur le fil du rasoir, mais une lueur d'espoir se présenta
quand Jimmy Lovine, co-fondateur d'Interscope Records (avec Marky Mark et Gerardo) a exprimé sa grande admiration du
travail de Trent. Informé des batailles juridiques entre Reznor et TVT, Lovine a simplement racheté cette dernière !
Il a ensuite donné son propre label à Trent, Nothing Records, et carte blanche pour laisser s'exprimer son génie.
Enfin libre, Reznor allait passer à la phase suivante dans sa domination du monde de la musique...
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